Une guerre commerciale ouverte ralentirait la croissance mondiale sans la stopper

Une guerre commerciale débridée ralentirait la croissance de l'économie mondiale, sans toutefois asséner un coup d'arrêt, selon des calculs publiés mardi par le Fonds monétaire international (FMI).
Source : Libération
Posté Le : Mercredi 10 octobre 2018

Même dans le pire des scénarios d'une mise en œuvre complète des menaces de droits de douane punitifs que l'administration Trump a brandies contre la Chine et d'autres pays, leur impact serait inférieur à un point du Produit intérieur brut (PIB), pour une croissance mondiale estimée à 3,7% en 2018, 2019 et 2020, rapporte l’AFP.

A court terme, les effets d'une telle guerre commerciale seraient deux fois plus graves pour l'économie chinoise que pour l'économie américaine, qui serait les plus affectées.

La croissance de la première économie mondiale serait ramenée de 2,5% à 1,6% en 2019, tandis que celle de la deuxième tomberait de 6,2% à 4,6%, selon des graphiques publiés par le FMI.

Pour la Chine, ce niveau de croissance serait le plus faible jamais enregistré depuis que le pays a commencé à s'industrialiser.

Au Japon, troisième économie de la planète, la croissance passerait de 0,9% à environ 0,4%, tandis que la zone euro, moins touchée, verrait la hausse de son PIB ramenée de 1,9% à 1,5%.

Un tel ralentissement aggraverait toutefois les problèmes de chômage dans certains pays européens déjà affectés par des niveaux d'endettement élevés.

Au Japon, un ralentissement rapide de la croissance ferait courir le risque d'un retour de la déflation.

Vers 2023, la Chine et les Etats-Unis perdraient chacun 0,6 point de PIB, mais à plus long terme, une guerre commerciale tous azimuts serait plus dommageable à l'économie américaine qu'à l'économie chinoise, selon le FMI. La première perdrait un point de PIB par rapport à une situation commerciale stable, tandis que la Chine ne perdrait qu'un demi-point.

Toujours dans le pire des scénarios, le Japon perdrait 0,4 point et la zone euro 0,2 point en 2023.

Le FMI a élaboré un scénario à cinq niveaux sur la base des mesures déjà prises ou que pourraient prendre les Etats-Unis dès 2019 à l'égard de leurs partenaires commerciaux, ainsi que de leurs effets.

Le premier correspond aux hausses de droits de douane déjà actées entre les Etats-Unis et la Chine, et dont les effets ont été intégrés aux dernières perspectives économiques mondiales du Fonds.

Le deuxième prend en compte la taxation à 25% de 267 milliards de dollars supplémentaires d'importations chinoises aux Etats-Unis, le troisième les effets de droits de douane punitifs sur l'ensemble des produits chinois entrant sur le marché américain.

A ce niveau, l'industrie automobile américaine et ses fournisseurs seraient particulièrement affectés, avec des effets secondaires sur le Mexique, le Canada et le Japon, tandis que les menaces de taxes sur les importations de voitures européennes aux Etats-unis, actuellement suspendues, pourraient aussi se matérialiser.

Le quatrième niveau intègre les effets de ces mesures sur les projets d'investissement tandis que le cinquième inclut une dégradation des conditions de financement des entreprises.

Le FMI a toutefois bouclé ses calculs avant que les Etats-Unis, le Canada et le Mexique n'annoncent un vaste accord succédant au traité de libre-échange (Alena) qui les liait depuis 25 ans, ce qui éloigne le risque d'un conflit commercial ouvert entre les trois pays.